14/03/2019
Chaque Triomphe est une porte ouverte vers le déroulement d'une vision, une zone de passage qui nous fait entrer dans une roulotte tzigane, alors on se demande ce que l'on fait là ? Je suis dans la roulotte, je vis comme un tsigane, mais je peux sortir quand je veux, sans rien avoir oublié de l'expérience et sans la sensation d'un mauvais rêve.
Grâce à ces images colorées, lumineuses et optiquement frappantes, tout devient visible et audible, les Triomphes servent de base, de point de départ, ils sont des morceaux de rêve du « Grand autre » qui permettent de se reconnecter à notre part d'ombre.
Pourquoi l'exemple Tsigane ?
Dans de nombreux témoignages de vision, d'hallucinations, on retrouve les gitans : On se réveille dans une caravane au milieu d'un campement, ou à l'hôpital à côté d’une Tsigane et de son enfant, ou perdu dans la rue demandant son chemin à une Manouche qui lit les lignes de la main, ou encore au centre d'un cercle de femmes Roumaines en train de chanter et de danser.
Sans doute que la représentation de ces gens du voyage symbolise l'inconnu, une sorte d’archétype. (Plusieurs documents passés dernièrement sur France Culture témoignent de la présence des gitans dans les hallucinations)
Revenons au triomphe comme point de vision.
Alors comment doit-on procéder ? faut-il fumer les cartes, les réduire en poudre, ou les diluer pour les ingérer ? Pourquoi pas, mais le plus simple est surement de les écouter, les regarder, mettre une musique et se glisser dans les plis des costumes, sous la table, dans les sacs, dans les tours, boire à la cruche, ronger un os, se mettre la tête en bas, hurler avec le loup, partir en mer, à pied, à cheval, à dos de Lion, puis de revenir pour en rendre compte.
C’est en décrivant ces visions qu’elles pourront remplacer les fragments perdus de la mémoire oubliée.
15/01/2019
Le Fou marche sur un chemin qui ne mène pas à Rome et il pense que ce qu'il voit lui cache quelque chose qu'il ne voit pas et que cette chose qu’il ne voit pas est cachée par ce qu'il voit.
Il tourne en rond, hors de lui-même. Il trace un cercle au centre duquel il n'y a pas la trace du point minimal. Le cercle est ici comme la piste d'un cirque abandonné, si le cercle est vide l'attroupement qui s'est formé se décompose.
La piste prend tout son sens grâce à l’expression de l’artiste au travers de ses pratiques singulières (ce que l’on n’a pas l’habitude de voir).
Le Bateleur en comprenant son point minimal, se lance dans ses pratiques singulières qui vont créer l'attroupement.
Le point forme un cercle, puis le cercle en regardant le point lui donne de la valeur.
Point + cercle = un rassemblement de points de vue qui forment un univers dont chaque point de vue est le centre.
Si le Fou est nomade, le Bateleur est monade.
Monade = L'élément des choses en tant qu'unité minimale, comme un microcosme, un reflet de l'absolu, ce n'est pas un point de l’univers, mais un point de vue sur l'univers.
Le Fou est sans point de vue, il tourne au-delà de lui-même éperdument, par-delà le bien et le mal. Pas l'ombre de l'autre dans le champ de son regard, il cherche le « nous » (lui + l'autre), mais n'ayant pas la trace de lui-même il ne le trouve pas.
Le fou n’a pas le langage du « nous », alors la distance est infinie.
Le Bateleur comme le fou se déplace, mais avec son univers imaginaire de construction. Il ne s’encombre pas d’objet de première nécessité, la nécessité est essentiellement étrangère à son imaginaire.
Il est dans un rapport « poids-puissance-maximum », tout objet transporté doit servir au mieux à la construction de son univers.
Pour le Bateleur, la nécessité n'est pas nécessaire, seul l'imaginaire est indispensable.

12/12/2018
Puis, relativiser la voix de tête qui parle du nez, trop rigoureuse et qui a plantée le piquet tuteur qu'il faut maintenant retirer.
Une fois débarrassé de ce piquet, le corps prend de la souplesse et peut se vriller, l'oreille parvient à se poser sur le ventre pour enfin entendre par la deuxième bouche de l’étoile, ce que l'on savait depuis le début, mais que l'on ne savait pas que l'on savait. (« la femme du commencement » n°2 La Papesse, ne parle que par la voix du dedans et ici l’Étoile n°17 offre une bouche à la Papesse.)
Entendre ce que l'on sait et savoir ce que l'on veut, grâce à la ventriloquie !
La voix du ventre est projetée sur un support et nous permet d'entendre là où il n'y a pas encore d'idée, d'entendre le souffle comme dans l'enfance quand on fait parler les poupées par le souffle de l’imagination.
Tous les personnages représentés sur les 22 Triomphes sont comme des poupées que la voix du ventre peut faire parler.
Exemple : Méditer un moment sur les 22 Triomphes, et comprendre quel personnage veut parler, puis le fabriquer de façon symbolique.
Avec par exemple du chiffon, du papier, de la sciure, de la terre, du bois ou n'importe quelle autre matière plus ou moins vivante ou organique.
Une fois ces petites poupées fabriquées, jouer avec, les laisser parler, projeter sur elle toutes sortes de voix venant du souffle du ventre, des voix qui ne ressemblent pas à la voix de tête ni à la voix du dehors. Des petites voix aiguës, des voix chevrotantes, inquiétantes, amusantes, elles ne sont pas de notre volonté, elles sont d’avant, et nous entraînent dans un petit théâtre ou il faut accepter de se perdre.
Ensuite ce qui aura été dit, finira par être entendu !
Ne vous inquiétez pas ce n'est pas de la sorcellerie, il n'y a pas de messe ici ! C'est un jeu qui reconnecte à la pure magie d’avant l'envoûtement, la magie de l'émancipation.
En pratiquant la voix du ventre nous sommes au centre de notre singularité, là où la concurrence et la compétition n'ont plus leurs places, là où la voix de l'envoûtement n'a plus de prise, là où la voix de tête ne parle plus du nez.
Bien sur Le Diable lui aussi à une bouche sur le ventre, mais ceci est une autre histoire que nous aborderons prochainement...
