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1. TAROT — AFFAIRES NON CLASSÉES LE PAPE

09/10/2026

1. TAROT — AFFAIRES NON CLASSÉES LE PAPE

  

Et si le Pape était moins celui qui possède la vérité que celui qui en possède les clés ?

Le cinquième Triomphe du Tarot de Marseille est une figure d’autorité. Il transmet une parole, représente une tradition, donne accès à un savoir et en garantit la légitimité. Mais toute autorité qui transmet peut aussi sélectionner, conserver, interpréter — et parfois retenir. C’est par cette porte que commence notre enquête : non pour inventer une origine secrète au tarot, mais pour suivre les traces que la carte fait surgir entre Avignon, les papes, les livres, les archives et les anciens cartiers.

Dans ces pages, trois niveaux se croisent : le document historique, l’évocation qui aide à imaginer une scène, et l’hypothèse qui ouvre une piste sans la transformer en certitude. Les faits donnent le terrain ; les rapprochements donnent du relief ; les questions restent ouvertes là où les preuves s’arrêtent.

 

1. La carte du dossier
Le fil historique

 

1309 : Clément V s’installe à Avignon. 1316 : Jean XXII devient pape. Autour de 1326-1327, les textes et enquêtes relatifs à la magie et au contrôle des savoirs prennent une place particulière. En 1378, le Grand Schisme divise la chrétienté latine. À partir du XVe siècle, les cartiers avignonnais sont nombreux et bien documentés. En 1505, un acte notarié mentionne des cartes « communément appelées taraux ». Au XVIIIe siècle, Jean-Pierre Payen produit à Avignon un tarot de type Marseille, tandis que le nom « Tarot de Marseille » finit par s’imposer comme désignation dominante.

 

Le fil symbolique


LE PAPE → LA PAROLE → LE LIVRE → LE SAVOIR → LE SECRET → L’INTERDIT → LE RIRE → LE RENVERSEMENT → LA CARTE → LE NOM « MARSEILLE ». Une carte peut devenir le point de départ d’une enquête historique, à condition de ne pas confondre l’image, les faits et les interprétations.

Cette enquête ne cherche pas à démontrer une origine unique du tarot. Elle suit des traces : lieux, noms, objets, archives, cartes, graveurs et circulations. Quand une hypothèse devient tentante, elle reste signalée comme telle.

 

2. Le Pape comme gardien des clés


Le Pape représente l’autorité, la transmission, la tradition, l’initiation et la légitimation : celui qui sait et qui transmet. Les deux personnages agenouillés rendent visible une hiérarchie entre ceux qui reçoivent la parole et celui qui la détient. Mais que signifie cette posture ? Soumission, réception ou initiation ? La carte ne ferme pas la question ; elle la met en scène.

Le Pape n’est pas seulement celui qui possède un pouvoir religieux. Il conserve, interprète, transmet et légitime un savoir. Les gants, l’anneau, les clés et le livre peuvent être regardés comme des accessoires de théâtre : que cachent-ils, que garantissent-ils, à quoi donnent-ils accès ?

Le secret n’est pas nécessairement une conspiration. Il peut simplement être une question d’accès : qui peut ouvrir, lire, transmettre ? Le mot « conclave » offre un jeu étymologique évocateur : cum clave, « avec une clé ».

Le Pape ne garde pas seulement une doctrine : il garde une porte.

 

3. Avignon — quand le pape s’installe


Clément V, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, est élu pape en 1305. Il conserve d’abord une cour itinérante, puis s’installe provisoirement à Avignon en 1309. Le provisoire va durer près de soixante-dix ans.

Jacques Duèze, ancien évêque d’Avignon, est élu sous le nom de Jean XXII en 1316. Il organise la résidence pontificale et le travail de la Curie. Avignon devient progressivement un centre durable de pouvoir, d’administration, de culture et de circulation.

Les sept papes associés à la période avignonnaise sont Clément V (1305–1314), Jean XXII (1316–1334), Benoît XII (1334–1342), Clément VI (1342–1352), Innocent VI (1352–1362), Urbain V (1362–1370) et Grégoire XI (1370–1378).

 

4. Clément V, Carpentras et le Grand Schisme


Clément V est élu en 1305 dans un contexte de forte pression française. Son rapport à Philippe le Bel demeure au cœur des récits consacrés à son pontificat. Au concile de Vienne, en 1312, il promulgue la bulle Vox in excelso, qui supprime l’ordre du Temple. Certaines narrations évoquent aussi un pardon secret accordé aux dirigeants templiers ; cette idée doit rester attribuée à la source qui la rapporte, et non présentée comme un fait établi sans nuance.

Après la mort de Clément V, les cardinaux se réunissent à Carpentras en 1314. Les conflits et les violences conduisent à la dispersion du conclave : aucun pape n’y est élu. Jean XXII sera finalement élu à Lyon en 1316.

Urbain V tente de revenir à Rome en 1368, puis retourne à Avignon en 1370. Grégoire XI quitte définitivement Avignon en 1376 et rejoint Rome en 1377. À sa mort, en 1378, deux élections rivales conduisent à Urbain VI à Rome et à Clément VII à Avignon. Le Grand Schisme d’Occident transforme le Pape, figure de l’unité, en figure paradoxale de division.

Le Pape, symbole d’unité, devient momentanément symbole de division.

 

5. Les coulisses du Comtat — vin, Juifs et papes


Châteauneuf-du-Pape : le pape comme producteur de territoire
Clément V aimait faire retraite au Groseau et à Châteauneuf-Calcernier. Jean XXII, ancien évêque d’Avignon, connaissait bien la région. Il y fit construire un château et en fit une résidence d’agrément pour les papes d’Avignon.

Selon la tradition rapportée dans les ouvrages consacrés aux papes, Jean XXII replanta le vignoble, avec l’arrivée de viticulteurs venus de Cahors. En 1344, sous Clément VI, le terroir est mentionné sous l’appellation « Vieilles vignes ». La commune prend officiellement le nom de Châteauneuf-du-Pape en 1893 ; l’appellation d’origine contrôlée arrive en 1936.

Les « Juifs du pape »
Les communautés juives du Comtat Venaissin sont notamment présentes à Carpentras, L’Isle-sur-la-Sorgue, Vaison-la-Romaine et Cavaillon. Le Comtat est cédé au pape Grégoire X en 1274 ; Avignon elle-même est achetée par Clément VI en 1348.

La tutelle pontificale offre un cadre différent de celui du royaume de France, mais protection ne signifie pas liberté sans contraintes. Les sources mentionnent notamment le chapeau jaune imposé à partir de 1525 et, plus tard, les « carrières », rues fermées où les communautés juives doivent résider. L’histoire du Comtat conserve cette ambivalence : une protection particulière, mais aussi des restrictions et des mesures vexatoires.

 

6. L’Anneau du pêcheur — une clé autour du doigt


L’Anneau du pêcheur renvoie à saint Pierre, pêcheur d’hommes. Son chaton représente traditionnellement Pierre dans sa barque. À partir du XIIIe siècle, l’anneau sert notamment de sceau pour la correspondance privée du pape.

L’objet rend le secret matériel : il authentifie, ferme et garantit. Les actes officiels sont normalement scellés au moyen de la bulle pontificale en plomb. La tradition veut que l’anneau soit détruit ou rendu inutilisable à la mort du pape afin d’empêcher les usages frauduleux.

Le Pape porte littéralement une clé autour du doigt.

Le tarot donne au Pape des clés ; l’histoire pontificale lui donne un anneau qui authentifie. Dans les deux cas, l’objet matériel traduit une idée abstraite : l’accès au sens dépend d’une autorité.

 

7. Jean XXII — magie, enquêtes et savoirs suspects


Jean XXII est intéressant pour le thème du secret parce que son pontificat est marqué par des enquêtes et des textes relatifs à la magie et à la démonologie. La décrétale Super illius specula est traditionnellement rattachée à 1326-1327 et vise des pratiques magiques impliquant notamment invocations démoniaques et objets magiques.

L’affaire de Hugues Géraud, évêque de Cahors, mêle complot, poison, envoûtement, magie et images : une affaire de magie au cœur du pouvoir pontifical.

Des traditions ultérieures ont attribué à Jean XXII des intérêts alchimiques ou ésotériques. Il faut distinguer cette légende de l’action historique documentée contre certaines pratiques magiques. Le paradoxe est là : le pouvoir qui surveille les savoirs suspects est lui-même entouré d’histoires de savoir caché.

La date, l’authenticité et la promulgation exacte de Super illius specula font l’objet de discussions historiques. Il est donc plus prudent de parler d’une politique et d’enquêtes documentées autour de la magie, ainsi que d’une décrétale traditionnellement rattachée à 1326-1327.

 

8. Le Vatican, le secret et les livres


Une ancienne organisation de la Bibliothèque vaticane comportait une Bibliotheca Secreta. Le latin secretum renvoie d’abord à ce qui est privé, réservé ou séparé ; le mot ne signifie pas automatiquement « caché au public ».

Les Archives apostoliques du Vatican ont porté le nom d’Archives secrètes du Vatican jusqu’en 2019. Là encore, secretum désignait historiquement l’archive privée du pape. Les collections s’étendent sur plusieurs siècles et occupent environ 85 kilomètres de rayonnages. Les espaces sont sécurisés et les chercheurs y accèdent selon des règles précises.

La Bibliothèque apostolique conserve également des manuscrits liés à l’astrologie, à la magie, à l’hermétisme et à l’alchimie. Conserver un texte n’équivaut évidemment pas à l’approuver.

Le paradoxe : condamner certains savoirs, tout en conservant les textes qui permettent de les étudier.

Le secret devient une architecture de la connaissance : qui garde le texte ? Qui peut le consulter ? Qui décide de son classement ?

 

9. 1327 — Jean XXII et Le Nom de la rose


En 1327, Jean XXII est pape à Avignon. Son pontificat est marqué par des questions de magie, d’hérésie, de livres et de contrôle des savoirs. C’est également en 1327 que se déroule le roman Le Nom de la rose d’Umberto Eco.

Guillaume de Baskerville et Adso arrivent dans une abbaye où une bibliothèque labyrinthique et un livre interdit deviennent le cœur du mystère. Dans le roman, le livre caché est le deuxième livre perdu de la Poétique d’Aristote, consacré, dans la fiction, à la comédie et au rire. Jorge de Burgos cherche à empêcher sa circulation.

Le rire devient un fil conducteur : il peut désacraliser, faire tomber la peur et mettre en question les hiérarchies. Pour le Pape du tarot, la question revient : transmet-il le savoir, ou garde-t-il aussi la porte qui permet d’y accéder ?

Le rapprochement entre 1327, Jean XXII et le roman d’Eco est fécond. Rien dans les sources réunies ne permet cependant d’affirmer qu’Eco a choisi cette date pour faire directement référence à Jean XXII.

En 1327, le livre devient un objet de pouvoir : ce qui compte n’est pas seulement ce qu’il dit, mais qui a le droit de le lire.

 

10. Les cartiers d’Avignon — bien avant Payen


Avant les cartes, il y a le papier. En 1431, le papetier Bernard de Guillermont s’engage à fournir du papier, notamment destiné à fabriquer des cartes à jouer. En 1437, Jaco Sextorii vend lui aussi du papier destiné aux cartes. Un environnement matériel lié à la production de cartes existe donc à Avignon dès le début du XVe siècle.

Les noms relevés par Hyacinthe Chobaut et les documents d’archives comprennent Étienne Mouret (ou Moret), actif en 1441-1443 ; Gillet Curier, mercier et fabricant de cartes dans les années 1440 ; Jean Benoît, originaire de Bourges, en 1450-1451 ; Jacques Monteil en 1451 ; Raynaud Silvi, documenté entre 1456 et 1480 ; Antoine Biolet, originaire de Lyon, entre 1459 et 1472 ; Labe et Richard Rétif en 1463 ; Guillaume Veron, originaire de Poitiers, entre 1464 et 1487 ; et Guillaume Trentesous, peintre et fabricant de cartes en 1469.

Entre 1473 et 1520, les documents font apparaître notamment Jean Barat, Guillaume Bal ou Bar, Jean Janin, Antoine Deleuze, Catherine Auribeau, Pierre Perouset, Jean Fort ou Le Fort, Jean Chaudet, Jean Brunet, Charles Charvin, Antoine Filhat et Léonard Nicolay. Leurs origines sont diverses : diocèses d’Ivrée, de Tarentaise, de Besançon, de Vienne, de Genève, de Belley ou de Limoges.

Selon Chobaut, la production est particulièrement abondante à Avignon entre environ 1480 et 1515. Beaucoup de cartiers viennent d’autres centres, notamment du Lyonnais. Les métiers de mercier, de peintre et de cartier sont souvent imbriqués. Avignon apparaît ainsi comme un lieu de fabrication et de circulation intégré à un réseau plus vaste.

 

11. 6 décembre 1505 — Jean Fort et les « taraux »


Un acte avignonnais du 6 décembre 1505 concerne Jean Fort, cartier, bourgeois et habitant d’Avignon. L’opération fait apparaître cinq pièces de moules du métier de cartier, deux grosses de cartes de Lyon et quatre douzaines de cartes « vulgo appellatarum taraux » — communément appelées taraux.

L’acte atteste à Avignon la circulation ou la commercialisation de jeux appelés taraux et associe Jean Fort à la fabrication de cartes. Il ne permet pas de reconstituer leur iconographie ni d’affirmer qu’ils étaient identiques au Tarot de Marseille moderne.

1505 : le mot « taraux » apparaît noir sur blanc dans une affaire de cartier à Avignon.

 

12. Pierre Perouset → Payen → Revest → Merme


Pierre Perouset est documenté en 1501 comme fabricant de cartes de Lyon sous sa marque. Avignon ne produit donc pas seulement pour un marché local. Un contrat de 1494 concernant Jean Lagier montre également la capacité à fabriquer plusieurs sortes de cartes, notamment des cartes « de Lyon » et des cartes « d’Avignon ». Les indices relient les cartiers du XVe siècle, les cartes à enseignes italiennes et les cartes de Lyon, Perouset et Fort, les « taraux » de 1505, puis la longue tradition cartière qui conduit jusqu’aux Payen.

Jean-Joseph Revest est officiellement reçu comme résident de Carpentras en 1704 ; le document le présente alors comme le seul artisan de ce métier dans la ville. Claude Merme, graveur sur bois, est documenté comme ayant travaillé pour Jean Payen et Jean-Pierre Payen à Avignon, ainsi que pour Jean-Joseph Revest à Carpentras. Le lien Merme–Payen–Revest constitue une passerelle documentaire entre Avignon et Carpentras.

En revanche, les éléments réunis ne permettent pas d’affirmer solidement qu’un « tarot Revest » aurait été interdit ou non autorisé. Cette idée doit rester une piste à vérifier, pas un fait.

 

13. Jean-Pierre Payen — le tarot d’Avignon


La Bibliothèque nationale de France catalogue un jeu de tarot à enseignes italiennes dit « de Marseille », publié à Avignon par Jean Payen et daté entre 1713 et 1743. Il s’agit de cartes gravées sur bois et coloriées au pochoir.

Le point essentiel est simple : le jeu est catalogué à Avignon. Cela ne prouve pas que le tarot soit né dans cette ville, mais démontre qu’un tarot de type Marseille y est attesté au début du XVIIIe siècle.

La notice de la BnF identifie Jean-Pierre Payen (1683–1757), indique Avignon comme lieu de publication et retient la fourchette 1713–1743. Le contraste est parlant : « Tarot de Marseille » dans le titre de la notice, mais Avignon comme lieu de publication.

 

14. Le mystère Jean Dodal


La BnF catalogue le Dodal comme un « Jeu de tarot de Marseille destiné à l’exportation », publié à Lyon par Jean Dodal entre 1701 et 1715. Le Deux de Deniers porte la mention « FAICT A LYON PAR IEAN DODAL » ; le Deux de Coupes porte également le nom Jean Dodal. Plusieurs cartes comportent une mention interprétée par la BnF comme « Fait pour l’étranger ».

Le dossier relève aussi un mystérieux « I.P. » discret sur la Lune et l’absence de signature évidente du cartier à l’endroit attendu du Chariot. À l’époque, I et J peuvent se confondre graphiquement : I.P. → J.P. → Jean Payen ou Jean-Pierre Payen ? C’est une piste, pas une preuve.

Les variantes Dodal, Dodat, Daudat et Daudal sont à conserver pour toute recherche d’archives. La parenté graphique entre Dodal et Payen a suscité des rapprochements d’atelier ou de filiation. Le travail documenté de Claude Merme pour Payen et Revest rend cette piste intéressante, mais ne prouve pas que Merme ait gravé le Dodal.

La mention d’exportation rend plausible une circulation internationale. L’hypothèse d’un marché italien est intéressante, mais la chaîne documentaire précise reste à établir.

Et si le Dodal appartenait à un réseau de production avignonnais, tout en portant Lyon comme référence commerciale et en étant destiné à l’étranger ?

Cette question doit rester ouverte. Une recherche d’archives qui ne trouve pas de trace d’un atelier ne suffit pas à prouver qu’il n’a jamais existé ; de même, les initiales I.P. ne suffisent pas à identifier Payen.

 

15. Avignon, Lyon, Marseille — comment un nom devient dominant


Avignon possède une activité cartière documentée dès le XVe siècle. En 1505, le mot « taraux » apparaît dans un acte avignonnais. Au début du XVIIIe siècle, Payen produit à Avignon un tarot de type Marseille. Dodal est traditionnellement rattaché à Lyon et son jeu est explicitement destiné à l’exportation. Marseille prend progressivement une place dominante dans la production et dans la réputation du tarot.

L’expression « Tarot de Marseille » désigne-t-elle un lieu d’origine, un modèle graphique, une famille de jeux ou une appellation devenue dominante après coup ?

Peut-être ne faut-il pas chercher un lieu unique, mais un réseau d’ateliers.

Ce que les documents permettent d’affirmer : Avignon est un centre cartier ancien ; Payen y est attesté ; le mot « taraux » y apparaît en 1505 ; et des réseaux relient Avignon, Lyon, Carpentras et d’autres centres. Ce qu’ils ne permettent pas d’affirmer : que le tarot soit né à Avignon.

 

16. Valentin Tomberg — le Tarot revient dans le livre


Valentin Tomberg (1900–1973), né à Saint-Pétersbourg, a connu la théosophie, le martinisme, l’anthroposophie, puis le catholicisme. La BnF l’identifie aujourd’hui comme l’auteur des Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot.

L’ouvrage est écrit anonymement, achevé en 1967 et publié à titre posthume en 1980. L’édition française Aubier de 1984 compte 774 pages, avec un avant-propos de Hans Urs von Balthasar et une préface de Robert Spaemann.

Le livre est organisé en vingt-deux lettres, une par Arcane majeur. Il mêle Tarot, hermétisme chrétien, Kabbale, alchimie, astrologie, gnose, magie et mystique chrétienne. Le chapitre consacré au Pape permet de revenir aux thèmes du secret, de la tradition, de la transmission et de l’autorité.

Le fait que l’auteur ait voulu conserver l’anonymat renforce le motif du savoir transmis sous couvert de secret. La notice de la BnF attribue aujourd’hui explicitement l’ouvrage à Valentin Tomberg, tout en conservant la formule « par un auteur qui a voulu conserver l’anonymat ».

 

17. Balthasar, Jean-Paul II et la photographie étrange


Hans Urs von Balthasar signe l’avant-propos de l’édition française des Méditations. Jean-Paul II avait choisi Balthasar pour être créé cardinal en 1988. Balthasar mourut juste avant le consistoire et ne reçut donc pas les insignes cardinalices. Dans son hommage funèbre, Jean-Paul II a rappelé qu’il avait souhaité reconnaître son œuvre par son élévation au cardinalat.

Une photographie publiée en 1988 montre sur le bureau de Jean-Paul II les deux volumes allemands des Méditations. Cet indice visuel est intéressant, mais sa portée est limitée : il ne permet pas, à lui seul, de conclure que Tomberg était un « livre de chevet », ni de connaître exactement l’opinion personnelle du pape sur l’ouvrage.

Un livre de Tarot, d’hermétisme et de Kabbale sur le bureau du pape : le paradoxe est réel ; son interprétation doit rester prudente.

Le rapprochement matériel est intrigant : Tomberg → Balthasar → Jean-Paul II. Il faut simplement éviter de transformer une photographie en preuve d’une pratique de lecture régulière ou d’une adhésion doctrinale.

 

18. Le grand fil rouge


LE PAPE → AVIGNON → PAPAUTÉ → COMTAT → CARPENTRAS → CARTIERS → PAYEN → MERME → DODAL ? → EXPORTATION → ITALIE ? → MARSEILLE.

Le Pape possède les clés. Avignon devient le décor historique du pouvoir pontifical. Ce pouvoir organise des lieux, des archives, des objets, des livres et des réseaux. Les cartiers apparaissent dans cette ville bien avant les Payen. En 1505, un notaire écrit « taraux ». Au XVIIIe siècle, Payen produit à Avignon un tarot de type Marseille. Dodal, Lyon et l’exportation ouvrent une autre piste : peut-être faut-il penser en réseaux d’ateliers plutôt qu’en villes isolées.

Tomberg ramène enfin le Tarot dans le monde du livre, du secret, de l’hermétisme et de la transmission. Le fil rouge n’est pas une preuve d’origine cachée ; c’est une manière de relier des faits, des objets et des questions.

Nous avons pris l’habitude d’appeler ce tarot le Tarot de Marseille. Mais si nous remontons plus loin dans son histoire, peut-être faudrait-il aussi regarder du côté d’Avignon.

 

19. Sources et pistes documentaires


Les repères historiques et les pistes de recherche présentés ici s’appuient notamment sur les références suivantes. Elles permettent de distinguer les faits documentés des rapprochements et des hypothèses.

• Hyacinthe Chobaut, « Les Maîtres-cartiers d’Avignon du XVe siècle à la Révolution », Provence historique, 1955, t. VI, p. 5–84.

• Thierry Depaulis, « Des “cartes communément appelées taraux” », The Playing-Card, vol. 32, 2004 : étude de l’acte avignonnais du 6 décembre 1505.

• Bibliothèque nationale de France : notice du tarot de Jean Payen, Avignon, 1713–1743.

• Bibliothèque nationale de France : notice du tarot de Jean Dodal, Lyon, 1701–1715, destiné à l’exportation.

• Bibliothèque nationale de France : notice de Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot, attribué à Valentin Tomberg.

• Michel Perrin, étude sur la problématique du rire dans Le Nom de la rose d’Umberto Eco, Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 1999.

• Aposcripta / IRHT-CNRS : corpus des lettres pontificales, pour la documentation autour de Jean XXII et de Super illius specula.

• Bibliothèque apostolique vaticane et Archives apostoliques du Vatican : histoire des collections, de la Bibliotheca Secreta et des archives pontificales.

• Communio : textes relatifs à Hans Urs von Balthasar et au cardinalat de 1988.

• Dictionnaire amoureux des papes : Clément V, Jean XXII, Avignon, Châteauneuf-du-Pape, les Juifs du pape, l’Anneau du pêcheur et le Grand Schisme.

Les illustrations d’évocation doivent être clairement signalées comme telles. Les reproductions de cartes, photographies et documents d’archives doivent être accompagnées d’une légende, d’une provenance et, lorsque c’est nécessaire, d’une vérification des droits de publication.

Les sept précautions de l’enquête
• Avignon n’est pas démontré comme lieu de naissance du tarot.

• Les « taraux » de 1505 ne sont pas visuellement reconstituables avec certitude.

• Une recherche d’archives négative ne prouve pas l’inexistence d’un atelier Dodal.

• Les initiales I.P. ne prouvent pas une relation avec Payen.

• Claude Merme est documenté pour Payen et Revest, pas pour Dodal.

• Jean XXII « ésotériste » relève de traditions qu’il faut distinguer de son action documentée.

• La photographie de Jean-Paul II avec les volumes de Tomberg ne prouve pas qu’il s’agissait de son « livre de chevet ».

 

Dernière question
Le Pape est-il celui qui possède la vérité… ou celui qui possède les clés de la vérité ?

L’enquête s’arrête ici, mais les pistes restent ouvertes. Le tarot est peut-être moins une histoire à enfermer dans une origine unique qu’un ensemble de formes, de métiers, de circulations et de réinterprétations. Avignon n’en détient pas toutes les réponses ; elle mérite simplement de retrouver sa place parmi les lieux où cette histoire s’est écrite.

La femme et le lion sauvage

02/04/2025

La femme et le lion sauvage

À la croisée du langage instinctif et du rituel magique

Dans le Tarot de Marseille, Force marque un tournant. Elle rompt avec les symboles de pouvoir extérieurs que représentaient les couronnes, les sceptres et les trônes. Ici, la puissance n’est pas le pouvoir, il n’est plus question de rang ou d’héritage : elle devient intérieure, indomptable, viscérale.

Une femme se tient face à un lion, et ce qui frappe immédiatement, c’est la tension subtile entre eux. Elle ne le combat pas, elle ne le dompte pas non plus. Elle pose sa main sur sa gueule avec une certitude tranquille. Ce n’est pas une lutte de domination : c’est une danse, une négociation entre deux forces qui se reconnaissent mutuellement.

Clarissa Pinkola Estés, dans Femmes qui courent avec les loups, décrit comment les femmes ont été coupées de leur nature instinctive, apprenant à museler leur puissance intérieure sous le poids des normes et des interdits. Mais cette puissance n’est pas une menace : elle est vitale. Elle est la pulsion de vie brute qui palpite sous la surface. Force incarne ce moment où l’on choisit de ne plus s’éteindre. Elle sait que la force brute, si elle n’est pas accueillie et canalisée, se transforme en destruction. Une femme qui refoule son énergie vitale finit par la retourner contre elle-même, sous forme d’angoisse, de maladie ou de rage contenue.

"Quand une femme n’a pas de place pour exprimer sa puissance, elle devient une louve enfermée dans une cage trop étroite."
(Femmes qui courent avec les loups)

 

En parallèle, L’Homme qui savait la langue des serpents de Kivirähk nous parle d’un autre type de force : celle du langage magique, cette parole oubliée qui permettait autrefois de converser avec les bêtes et de s’accorder au souffle du monde. Le personnage de Leemet, dernier détenteur de cette langue ancestrale, vit dans un monde où les hommes ont renoncé à leur connexion au sauvage pour bâtir des murs et se conformer à une nouvelle société. Lui seul sait encore parler aux serpents, ressentir la puissance qui traverse les corps et les paysages.

Ces deux récits s’entrelacent dans la carte de Force : d’un côté, la femme qui retrouve son instinct et ose toucher la bête en elle ; de l’autre, l’homme qui préserve la mémoire d’un monde où l’homme et l’animal partageaient un langage commun. Ensemble, ils racontent un même passage initiatique : celui qui mène de l’oubli à la reconnexion, de la peur à l’accord avec soi-même.



Retrouver le Féminin Sauvage : Force comme pulsion de vie

« La femme sauvage porte en elle la force de toutes celles qui l’ont précédée. » (Femmes qui courent avec les loups)

La femme de la Force ne craint pas le lion. Elle sait qu’il fait partie d’elle.

Là où l’Impératrice usait de charme et de séduction pour imposer son règne, Force n’a pas besoin de jouer un rôle. Elle est dans la pure présence. Mais cette réconciliation avec l’instinct n’est pas immédiate. Comme dans les contes analysés par Pinkola Estés, il y a un processus, un chemin.

Les femmes élevées dans un cadre rigide, où l’on exige d’elles douceur et contrôle, finissent souvent par étouffer leur propre énergie brute. Elles deviennent étrangères à leurs propres désirs, à leurs propres colères. Or, la force vitale qui ne trouve pas de chemin s’empoisonne elle-même. Une femme qui ne danse pas avec son feu intérieur le verra se transformer en frustration, en angoisse, ou en rage rentrée.

Dans cette redécouverte de la puissance, quatre éléments sont fondamentaux :

  • Le Temps : retrouver son propre rythme. La Loba, cette vieille femme du désert qui collecte des os pour leur redonner vie, enseigne qu’on ne ressuscite pas une puissance en un jour. Force comprend qu’elle ne peut pas brusquer ce réveil : il faut du temps pour écouter son propre rugissement intérieur.
  • La Passion : donner une forme à l’énergie. L’instinct brut ne doit pas rester à l’état sauvage, sous peine de devenir destructeur. Force apprend à le canaliser : par la danse, par la création, par l’action physique ou l’expression sexuelle.
  • La Souveraineté : s’autoriser à être. Force n’attend pas de validation extérieure. Elle est celle qui s’accorde à elle-même le droit d’exister pleinement.
  • L’Appartenance : ne pas s’isoler. Retrouver sa puissance ne signifie pas vivre en solitaire. Comme la femme squelette du conte inuit, celle qui se croit brisée peut renaître lorsqu’elle est accueillie par un regard qui ne détourne pas les yeux. Force apprend aussi à s’entourer d’une meute, d’autres femmes sauvages qui savent.


 Force et la Magie : Parler la Langue des Bêtes

« Il n’y avait pas de maître, pas de bête soumise. Il n’y avait que des mots, et dans ces mots coulait une force ancienne qui liait toutes choses. » (L’Homme qui savait la langue des serpents)

Force n’est pas seulement instinct : elle est aussi magie.

Dans L’Homme qui savait la langue des serpents, Leemet incarne une force différente : celle de la parole rituelle, ce savoir oublié qui liait autrefois les hommes et la nature. Il n’ordonne pas aux bêtes : il leur parle dans leur langue.

Cette idée rejoint l’essence profonde de la carte : la femme de Force ne force pas le lion. Elle ne l’asservit pas. Elle communique avec lui.

Ce langage perdu est une clé essentielle de la magie : celle qui ne passe ni par la violence, ni par la contrainte, mais par un accord intime avec ce qui nous entoure.

  • Une puissance qui traverse le corps. La vraie magie n’est pas intellectuelle, elle est incarnée. Elle passe par le souffle, par le toucher, par la voix. La langue des serpents ne s’apprend pas dans les livres : elle pousse en toi comme une racine dans la terre Un jour, tu parles, et le serpent te répond.
  • Un rituel qui ne cherche pas à contrôler. Dans Femmes qui courent avec les loups, la guérison passe souvent par des rites de passage : un geste simple, un chant murmuré, un cercle tracé sur la terre. Force comprend que la magie ne se brandit pas comme une arme : elle s’accueille.
  • Une puissance qui ne veut pas dominer. Ce n’est pas avec une épée que l’on parle au serpent. Ce n’est pas avec un feu que l’on commande aux loups. La vraie force ne détruit pas. Elle s’accorde au battement du monde.
  • Un lien à entretenir. Quand je marchais seul dans la forêt, je murmurais les paroles anciennes. Pas pour contrôler, pas pour appeler. Juste pour qu’elles ne se perdent pas. Force est une carte de continuum. Elle nous rappelle que certaines choses doivent être entretenues, même en silence.


Un Rituel pour Force : la Transe Silencieuse

Force ne se crie pas. Force ne se brandit pas.

Un rituel pour cette carte ne doit pas être spectaculaire. Il peut être simple : marcher pieds nus dans la nature, écouter, respirer, sentir l’énergie animale en soi. Fermer les yeux et laisser quelque chose nous traverser.

Il y avait des hommes qui parlaient trop fort et brandissaient leurs armes. Moi, j’ai fermé les yeux. J’ai senti le vent sur ma peau, l’odeur des feuilles humides. Le silence m’a enveloppé comme un manteau, et dans ce silence, j’étais plus puissant que tous leurs cris.

Force ne réside pas dans la lutte. Elle est cette transe silencieuse où l’on n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit. Elle est ce moment où l’on comprend que l’on n’a jamais perdu la langue des bêtes – il suffisait juste de se souvenir. "Une femme qui marche avec sa force n’a pas besoin de prouver quoi que ce soit.
Elle est, et cela suffit."
(Femmes qui courent avec les loups)

TAROT CRÉATIF ET ONDE CLANDESTINE

11/11/2020

TAROT CRÉATIF ET ONDE CLANDESTINE


1-   Les Triomphes : c’est le nom ancien que l’on donnait à ce que l’on appelle aujourd’hui les arcanes majeurs. Les 22 Triomphes portaient ce nom avant même d’avoir été intégrés dans le Tarot de Marseille. Ils ont donc selon moi une toute autre histoire que celle des arcanes mineurs qui sont les 56 autres cartes du Tarot de Marseille qui en contient 78 en tout.

2-   Entités pétrifiées : c’est le sentiment que beaucoup de gens ressentent quand ils sont face aux Triomphes. Ces images ne leur parlent pas, ils ont l’impression qu’elles sont figées, voir même hostiles, ils ressentent leurs importances mais se demandent par qu’elle bout les prendre. Ils les voient comme des entités pétrifiées.

3-   Ondes clandestines : c’est la partie de l’entité qui ne s’est pas laissée attraper. Imaginons que ce que représente un Triomphe soit vivant, et que soudainement pour des raisons pratiques de classification, il a été décidé dans faire un spécimen plat et inerte comme une carte (une entité pétrifiée). Et bien juste avant cette opération, la vie de l’entité s’est volatilisée et s’est réfugiée dans les plis du monde. C’est ce que j’appelle l’onde clandestine.


Voilà maintenant nous pouvons commencer

.L'onde clandestine d'un Triomphe c’est l’ineffable de l'entité pétrifiée. Cette onde vit sans sa carapace, en toute souplesse en dehors du champ de la conscience, insouciante aux significations symboliques portées sur elle. Son point de vue réveille la vieille question du « sens de la vie » en le déplaçant vers « le sens des vies » et nous permet de comprendre que nous ne sommes pas le centre du monde, mais que nous en faisant juste partie.

Il nous faut pister la trace de l’onde clandestine en découvrant en nous ce qui a persisté d'elle et a permis sa survie. L’empreinte qu’elle laisse est fatalement liée à son absence, il y a une béance derrière elle. L’onde clandestine résonne dans notre vie quotidienne, dans les conversations que nous entendons, les paysages que nous regardons, les films que nous voyons, les livres que nous lisons, les animaux que nous croisons, les plantes que nous sentons, les musiques, les goûts, les émotions, souvenirs, rêves, cauchemars, silences...

Partir sur les traces de l’onde clandestine pour ensuite se nourrir de cette observation, c'est l'inverse d'une cueillette d'un monde mort, mis à plat, à sécher pour être ensuite nommé et défini comme dans un herbier. Car dans ce genre de collection nous n’avons aucune chance de rencontrer le Soleil ( XVIIII) au contraire nous obscurcissons d'énormes régions de son être. 

 Alors, acceptons plutôt de contempler par exemple le tournesol, sans interférer, simplement en reconstituant son jaune lumineux en mémoire, en imagination solaire de façon à rendre hommage à la lumière qui transfigure les êtres, comme le disait Vincent Van Gogh.


Pour ne plus voir les Triomphes comme des entités pétrifiées, il est utile de les nourrir avec les ressources de la philosophie, de l'art, de la magie, de la psychanalyse, de la botanique, de la mythologie, de l’anthropologie, de l’astronomie, des superstitions, qui offrent une bonne approche du fait que dans ces domaines les Triomphes ne sont pas traités directement.

 « Nourrir ! » Les Triomphes eux aussi peuvent le faire, en s’adressant directement à l'esprit de celui qui les contemple dans leur ensemble, de leur naissance, à leur épanouissement, mais dans une manière créative d’observation permettant à l'entité pétrifiée de s'épanouir. Pas de généralisation, juste la découverte joyeuse des contradictions, le plaisir de la remise en question et des doutes que suscitent les Triomphes.

Comme un enchevêtrement, un mycélium, les Triomphes créent une infrastructure philosophique. Ils sont à la fois un et plusieurs, constitué d'une myriade de petits détails. Groupés mais relativement indépendants les uns des autres et peu à peu ils s’animent et se laissent entendre.

EXPÉRIMENTATION : faire résonner l’onde avec les voyelles puis les consonnes du Triomphe (le nom de l'entité pétrifier). Ne pas chercher le « bon son », mais le son de l'émotion, n'hésitez pas à «chouiner» à la Lune comme un chien, pour réveiller la mémoire oubliée qui se cache dans les plis de nos gorges, de nos cordes vocales.

 Entendre les ritournelles endormies de l'enfance comme un son primal, comme l’onde clandestine de la Lune qui donne forme aux vagues qui sont la mémoire de la mer et l'origine marine de notre sang. Alors, sachons écouter le chant de l'écume de mer.

Faire résonner la pierre, la roche, dans un chant de gorge d’une rivière encaissée d’Ardèche. C’est notre gorge et celle de la montagne qui chantent à l'unisson de l’onde clandestine du jugement (XX), ou de tout autre chose pour vous, venue de la matière vous procurer un frisson. Une force active qui ne cherche ni à dominer, ni à soumettre, mais à composer avec vous une ritournelle rassurante qui permet de créer un territoire même dans le mouvement.

Être chez soi dans l'errance, sentir que l'on fait partie du tout.

Poursuivons encore notre pistage de l’onde clandestine par nous-même, par le ressenti de notre peau, grâce à la délicatesse de la pudeur. Juste remarquer ce qui est intrigant sans le comprendre, c'est ce qui ouvre la piste.

 Comme je l'ai évoqué dans l'article précédent (numéro 2), des éléments constitutifs de l'entité pétrifiés peuvent attirer notre attention dans le paysage, de façon à permettre à l’onde clandestine de nous révéler quelque chose (Maison Dieu et l'arbre à l'intérieur). Mais bien souvent l'onde nous leurre avec des techniques de camouflage émotionnel, nous parlant trop franchement. Voilà pourquoi je pense que pour les contourner mieux vaut ne pas les regarder directement.

Par exemple : observez un Triomphe dans le reflet d’un miroir et posez-vous 22 questions à son sujet, sans chercher à trouver les réponses, simplement pour donner de l'épaisseur à son onde clandestine.

 Faire entrer du vivant dans le champ pour l’élargir. L'écrevisse n'est pas un décor, ni le lion, le chien, l’eau, l’arbre, etc... On s'ouvre pour s'oublier soi-même.

C'est dans le renouvellement du regard que la rencontre a lieu, dans la désinvolture du mental que l’écrevisse nous parle.

Sortir de nos routines de regard en utilisant le son pour mieux voir, de façon à permettre à la Papesse de glisser une note supplémentaire par ventriloquie, comme un écho, mais sans mémoire, pas une preuve juste une trace, les facettes d'un même miroir (chanson de Bashung comme un Lego, mais sans mémoire).

Et pour finir, je parlerais du mauve comme signe de la présence de l'onde clandestine, ce mauve absent des entités pétrifié, avec encore une petite allusion à une autre chanson (cette fois de Léo Ferré).

 Le mauve ! Mais pas n'importe quel mauve, pas le mauve des Lilas, pas le mauve de la glycine ni de La Bruyère même si elle est d'Apollinaire. Non le mauve qui se trouve derrière les yeux de l'onde clandestine, derrière les yeux de l'autre à l'instant de l'amour. Et quand enfin, tu auras trouvé ce mauve, tu entendras une voix qui chouinera sous la lune.

Une voix que tu comprendras de toute éternité dans la surprise fantastique de ta rencontre avec le vivant. 


Je vous souhaite un bon pistage de l’onde clandestine en toute humilité.

SUR LA PISTE D’UN TRIOMPHE

02/11/2020

SUR LA PISTE D’UN TRIOMPHE

Sans doute en partant à la recherche de son onde clandestine.


Au début de notre rencontre avec le tarot, les images sont comme des entités pétrifiées elles semblent figées, sans voix. Si on écoute bien dans le lointain, on entend quelque chose et à force d’attention et de persévérance l'image s’anime et nous parle. Rien n’est encore bien clair, il nous faudra affirmer ce sentiment en l’ancrant dans le réel, en fouillant dans les plis secrets du monde, là où se cache l’onde clandestine des entités pétrifiées.


Il y a une quinzaine d'années, en observant le triomphe de la Maison-Dieu, j'ai eu le pressentiment que la tour n'était pas que minérale, pas uniquement construit de pierres. Il y avait à l'intérieur de cette tour, du végétal, un arbre en train de se développer. En plus d'avoir été bâti (dans le temps court), elle était également en croissance (dans le temps long) prête à s'épanouir et à partager quelque chose. Ce n'était à ce stade encore qu'une idée sans rien de vraiment palpable.  

Quelque temps plus tard ? Du côté de Carpentras ? Je suis tombé sur une architecture ressemblant à la tour de La Maison Dieu, la porte était un peu coincée, mais j'ai pu l'ouvrir et entrer.

De l'intérieur je voyais que le sommet était ouvert et que du sol un arbre tendait ses branches vers la lumière, mon pressentiment voulait prendre forme en s’enracinant dans le réel.

Par la suite j'ai découvert le Tarot de Jacques Viéville dont les cartes non pas de nom, seulement des nombres. La construction du Triomphe numéro XVI est très comparable à La Maison Dieu, mais l'élément central n'est pas une tour, c’est un arbre au pied duquel un berger vient faire manger ces bêtes (le chêne offre ses glands). J’ai fait des recherches sur cette représentation qui semble faire référence à la glandée qui était une pratique très répandue au Moyen-âge et qui permettait au berger de nourrir ses bêtes à peu de frais durant le mois de novembre juste avant l'hiver, ce qui démontre bien que quelque chose se partage ici, on récolte le fruit d’un épanouissement. Il n’y a pas de châtiment, pas de punition, pas de foudre venus nous condamner, juste quelque chose qui tombe de l’arbre ou est expulsé de la tour, de notre intérieur vers l’autre, un don au service du vivant.

Voilà pourquoi il est vraiment très enrichissant de partir à la rencontre des Triomphes dans d'autres contextes, de façon à entendre la note de leur onde clandestine, cette note qui vient mettre un peu de vie dans ce qui sinon semblerait pétrifier.

Les 22 Triomphes du tarot de Marseille vus comme des outils de communication.

22/10/2020

Les 22 Triomphes du tarot de Marseille vus comme des outils de communication.


On me demande souvent à quoi sert le Tarot de Marseille ? Il y aurait tellement de réponses à donner à cette question (d'où l'intérêt de ce journal de bord). Mais une des choses les plus importantes me semble être que chaque carte est comme un outil de communication, comme un outil de précision tellement inattendu qu'il peut déstabiliser même les conversations les plus hermétiques.


Au cours d'une soirée à l'atmosphère devenu presque irrespirable par la présence d'une seule personne envahissant tout l'espace il m'a suffi de jeter 3 cartes sur la table et de lui dire : je voulais te poser cette question ! 

Ces 3 triomphes en forme d'interrogation ont déstabilisé notre arrogant, la baudruche s’est dégonflée et d'autres personnes présentes à la table sentant alors l'oxygène revenir dans la pièce ont retrouvés le goût de s'exprimer, de participer et de par ce fait d'enrichir l'atmosphère de leur parfum.

 

Aucun jugement dans tout cela, aucune morale, juste la possibilité de sortir d'une impasse par la richesse de ce qui ne s'impose pas comme une vérité, mais simplement comme une ouverture, un changement de point de vue qui ouvre vers l'inconnu.

 


 Ces cartes rangées dans leur étui ne prennent pas plus de place qu'un téléphone portable et possèdent des capacités insoupçonnées en matière de communication avec autrui.

 

Alors, n'hésitez pas à prendre vos cartes la prochaine fois que vous sortirez, en gardant à l'esprit que c'est aussi un jeu qui se pratique en société. 

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